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L’histoire des femmes dans le monde rural de 1945 à nos jours

Être à la terre, vivre à la campagne après 1945

Au sortir de la guerre, être paysanne ne relève pas du choix, c’est un état, transmis en héritage. Dans un contexte de reconstruction nationale et de nécessité de nourrir toute une population, les campagnes sont un lieu stratégique pour la France. Qu’en est-il de la place de ces Françaises tout juste munies du droit de vote, qui dans l’obscurité, jouent un rôle essentiel dans la production agricole ?

C’est en effet un travail quotidien, dans l’ombre, que réalisent ces paysannes. Ceci s’explique par la structure même de l’habitat qui ne sépare pas espace de vie et espace de travail. Les femmes passent indifféremment de la ferme à la maison, effectuant les tâches ménagères comme elles soignent les bêtes. On ne reconnaît pas aux femmes un travail professionnel, mais plutôt la gestion domestique de la ferme liée à leur état de femme. Ce repli sur le foyer s’explique par la mécanisation qui s’accentue en cette période de rationalisation de l’agriculture. Peu à peu, la technique, la mécanique deviennent la chasse gardée des hommes laissant aux femmes les travaux manuels et de soin.

S’ajoutent à ces conditions de travail pénibles, un mode de vie où la cohabitation intergénérationnelle est bien souvent la règle, laissant peu d’autonomie aux jeunes mariés. Il ne faut pas alors s’étonner de voir partir en nombre les jeunes filles, préférant tenter leur chance en ville plutôt que de vivre comme leur mère. Cette période d’exode rural est accentuée par un vaste mouvement de remembrement et de concentration des terres.

Vignette issue du film « Jeunes filles »

Engagements et modernisation, les prémices d’une reconnaissance

C’est dans ce contexte que se développe la Jeunesse agricole catholique féminine (JACF). Cette association existe depuis les années 1930, mais prend tout son essor dans les années 1950 marquées par le retour de l’abondance. Non qu’il soit l’unique moteur, ce mouvement reflète cependant bien les préoccupations des jeunes femmes rurales voulant améliorer leur situation. La JACF va marquer les années 1950-1960 de ses combats, tant sur le plan professionnel que sur le plan privé. Une parole est enfin libérée et se traduit par des actions en zone rurale.

Militantes et militants revendiquent une nouvelle organisation de la ferme pour un nouvel habitat rural. Celui-ci doit être pratique, hygiénique et muni du confort moderne (eau courante, gaz, électricité…) dont les citadins jouissent déjà. Lieu de vie et lieu de travail sont mieux distingués.

Dans les années 1970, la formation se vulgarise, les femmes bénéficient notamment d’initiations aux tâches de gestion illustrées par le programme des « deux cents heures ». Par cet apprentissage – qui n’est pas toujours à la hauteur de l’investissement des femmes sur l’exploitation - on légitime leur professionnalisation dans le monde agricole. On devient agricultrice. Grâce à ces formations les femmes sont d’ailleurs les premières à pratiquer les levages hors-sol. C’est un moyen pour elles de prendre des responsabilités dans la ferme et de gagner une autonomie financière.

Parce qu’elles ont toujours travaillé, les femmes connaissent les bénéfices de la modernisation des outils agricoles et des appareils ménagers sur les modes de vie et de travail. Elles peuvent alors faire valoir leurs connaissances pour influer sur les choix d’investissements.

Il faut bien noter que ces évolutions ne sont possibles que parce qu’elles s’intègrent dans une tendance générale de la société des années 1960-1970, caractérisée par les revendications des femmes pour de meilleures conditions de vie et pour une reconnaissance socio-professionnelle. Malgré des résistances et des disparités régionales, le monde agricole se transforme et les femmes y contribuent très largement.

Image issue de la collection de la photothèque, 1968 (DR)

Diversification et innovations, de nouvelles perspectives pour les femmes ?

Même si de meilleures conditions de travail se mettent progressivement en place, l’activité agricole n’est plus dominante en zone rurale depuis le milieu des années 1960. La période des Trente Glorieuses voit se développer les secteurs de l’industrie et des services. Les espaces ruraux n’échappent pas à cette évolution. On y constate une plus grande diversité socio-professionnelle. Comme ailleurs, les femmes du milieu rural entrent en masse sur le marché du travail salarié.

Moins nombreuses mais mieux formées, les agricultrices occupent des places plus diverses sur l’exploitation mais inégalement reconnues. Leur statut varie entre chef d’exploitation, conjoint co-exploitant – majoritaire de nos jours - conjoint salarié ou actif familial. C’est seulement depuis les années 1980 que ces statuts, qui sont pourtant essentiels, font l’objet de lois ; la reconnaissance des compétences passant par l’instauration de véritables statuts professionnels. Il semble par ailleurs que les nouvelles fonctions qu’occupent les femmes dans l’exploitation soient le signe d’une démocratisation dans la prise de décision. Le rôle hégémonique du père dans l’exploitation est alors remis en cause. Par leur engagement dans la diversification de l’agriculture, les femmes créent de nouvelles dynamiques pour les espaces ruraux. Elles sont les premières à s’investir dans des projets d’agritourisme (gîtes ruraux, journées d’accueil à la ferme…).
Ces initiatives participent à la revalorisation des espaces ruraux et à la création d’un nouveau lien social, offrant ainsi de nouvelles perspectives de développement aux territoires ruraux. Les revenus dégagés par ces activités assurent la viabilité économique de nombreuses exploitations.

Document proposé par le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche


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